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  • Xavier

Une 911 spéciale, pour un pilote spécial.

C'est un article que j'ai rédigé initialement en anglais pour le journal américain trimestriel du Early911Sregistry pour l'édition Spring 2013. Cet article a été publié avec l'accord du propriétaire de cette auto. J'en ai donc fait une version française mais n'ayant plus de contact avec cette personne, j'ai changé son nom et masqué le numéro de série de la 911. Le plus important ici, c'est l'histoire féérique de cette auto qui fera rêver n'importe quel amateur.


Photo: David Pell


La Rencontre


J'ai rencontré François en 2010 lors d'une journée circuit à Haute-Saintonge, près de Poitiers. C'était la première fois que je conduisais mon superbe Porsche Spyder 987 sur une piste.

En début d'après-midi, en pleine session, un drapeau rouge est agité et tout le monde rentre immédiatement au paddock : une ancienne 911 de couleur orange a un problème de boîte de vitesses. La belle 911 est remorquée et placée dans le parking derrière la pit-lane.

Je me promenais et j'ai entendu le conducteur de la voiture en panne parler à l'un des copains se demandant comment il pouvait rentrer chez lui, près de Paris. Je me mêle à la discussion et informe le propriétaire de la 911 orange que je vis à proximité de chez lui et, donc que je peux le ramener, ce qu'il accepte volontiers.

Lors du trajet retour, nous avons commencé à parler de nos voitures. J'ai découvert que la passion de François pour sa voiture est véritable, car il possède une 911 spéciale, une auto spéciale pour un homme spécial.


Un mois plus tard nous nous retrouvons par hasard sur le circuit du Val de Vienne où, j'ai explosé contre un rail mon beau Spyder noir lors de la première session du matin. Etant à pied et le planning à peine entamée, François me propose d'être son copilote pour le reste de la journée. Ce qu'il faut savoir c'est que François est un as de la piste au volant de sa 911, il la maîtrise totalement, et son talon-pointe en 5 étapes est une merveille de synchronisation et de rapidité. Bref, j'ai ressenti, dans ce siège passager une exaltation sans pareil.

Sur le chemin du retour à la maison, sorte de "un prêté pour un rendu", je suis toujours dans le siège de droite, mon Spyder étant sur un plateau en direction du centre Porsche le plus proche. Très vite après notre départ du circuit, François me propose de prendre le volant de sa 911. Pas besoin de long discours, ni de dessin pour connaitre ma réponse.


Après quelques minutes au volant de cette merveille, je prends la décision de vendre mon Spyder et d'acheter une classique. Croyez-moi ou non, la voiture de François est magique et laissez-moi vous en expliquer les raisons.

La découverte.


Août 1980, François passe s'arrête à une station essence près de Paris et aperçoit une voiture orange, et il est immédiatement attiré. La voiture est à vendre, et François demande à un ami averti en voitures de sport son avis. La réponse est positive et François décide de l'acheter. Rappelez-vous, nous sommes dans les années 80, et les premières Porsche (série F) ne sont pas très populaires, les couleurs extérieures sont moins flashy, les chromes ne sont plus à la mode, l'injection a fait son apparition etc. Malgré les critiques, François achète cette 911 orange : une Porsche 911 2.2 S 1970


Rapidement, François se demande pourquoi le pare-soleil passager et le couvercle de la boîte à gants sont manquant, un arceau de sécurité est installé, et les butoirs du pare-chocs arrière ont disparu, il n'y a aucune tirette pour ouvrir le coffre avant, le capot du moteur se ferme avec deux attaches en caoutchouc.


A l’époque, François veut une voiture de weekend pour la balade, il supprime les phares longues portées Cibié Oscar et les antibrouillards alors installés ; le pare-chocs arrière est complété par les pièces manquantes. La voiture (re)trouve lentement son chemin vers une configuration S normale.

En 1995, François rejoint le Porsche Club de France (devenu Club Porsche Motorsport) pour commencer à rouler sur différents circuits. Même si François a commencé à se sentir bien sur la piste (et croyez-moi, il est rapide), le moteur 2.2 tout S qu'il soit n'est pas de taille pour suivre les 993 et ​​964 RS en vogue à ce moment-là.

Une série de modifications ont été initiées en 2002. Le vaillant 2.2S casse ce qui amene François à réfléchir à quelques améliorations pour l'utilisation circuit: remplacement du 2.2 par un 3.2 couplé à une boîte de vitesses 915, de nouvelles barres de torsion et anti-roulis de plus gros diamètres, de nouveaux amortisseurs , nouveaux tirants, nouvel échappement (silencieux et collecteurs), nouvelle programmation des règles EFI, de nouveaux rapports de boîte de vitesses et un autobloquant, de nouvelles roues Fuchs de 16 pouces. L'essuie-glace arrière a été retiré, ainsi que la radio d'origine.

Les sièges Recaro datant de la voiture ont été remplacés par des baquets plus modernes, et la garniture chromée externe S a été installée.



En 2005, Jacques Crubilé (pilote et propriétaire d'une 910 Siffert / Hermann) s'intéresse à la 911 de François et Jacques est tout à fait sûr qu'il s'agit d'une voiture de compétition. Il demande à François son autorisation de contacter Jürgen Barth pour en savoir plus sur cette auto. Ce qui intrigue Jacques c'est la configuration lors de l'achat par François ; rappelez-vous, un seul pare-soleil, pas de couvercle de boite à gants, mais aussi les capots et portes en aluminium, la feutrine sur le tableau de bord etc.


Le 24 janvier 2005 le verdict est rendu : c'est un très rare 2.2 S / T. Seuls sept 911 2.2 S / T 1970 étaient connus de Barth, et Porsche Motorsport a confirmé que le xxx yyy zzzz était un S / T ; une huitième vient d'être ajoutée. Vous pouvez trouver xxx yyy zzzz dans la dernière édition du livre de Jurgen Barth en tant que 2.2 S / T. Il y a encore du mystère autour de S / T de François : la voiture était-elle engagée dans des compétitions ou des courses ? À qui appartenait-elle ? François doute que sa voiture ait des antécédents prestigieux, à cause du COA (certificat d'authenticité délivré par Porsche) : la voiture a été commandée avec une radio, une antenne et un essuie-glace arrière, options au catalogue de l'époque.

(NDLR : selon le Early911Sregistry, cette 911 serait en fait une présérie des futures S/T et appelée 911S lighweight, et encore bien plus rare que les S/T elles-mêmes)



Photo: David Pell

La conclusion


Dijon-Prenois, Val de Vienne, Nogaro, Le Catellet, Magny-Cours, Lurcy-Levis, Le Mans Bugatti, Spa Francorchamps, Linas-Montlhery et bien d'autres circuits ont eu le privilège d'obtenir un peu de caoutchouc des pneus de François, et ce chaque année depuis 1995. Vous devriez regarder François conduire sa magnifique Orange S / T, il est doux et rapide et vous pouvez sentir l'arrière dériver lentement (slow slipery) dans les courbes, sans mentionner son incroyable talon-pointe (en 5 étapes bien sûr). Enfin, François est une personne enthousiaste, gentille et aimable, gardien d'une voiture exceptionnelle et partage sa passion avec plaisir.

Vous l'aurez compris, c'est François qui m'a donné le goût des anciennes et de la piste, sans cette rencontre je serais toujours passionné par cette marque, mais y aurait-il l'amour des premières séries de 911 ?

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